Au delà de la mort … un chemin d’espérance
Il était pour certains, le maire de son village ou le vice président de la communauté de communes… Pour d’autres il était le dentiste. Pour d’autres et pour moi , Gérald Lévy était d’abord un ami….une de ces rares rencontres qui vous marquent de façon discrète et indélébile. Pour tous comme en attestent les nombreux témoignages entendus dans la petite église de Journans, son village, il était l’homme au service et à l’écoute de l’autre…au delà des divergences d’idées ou de convictions y compris religieuses . Celui qui aimait la vie et opposait aux inévitables “nuages”, ‘ humour, droiture et esprit d’initiative, de dialogue et de tolérance.
Parce que rarement cérémonie de funérailles n’interpelle autant la compréhension du sens de la vie et l’espérance de ceux qui restent, nous vous invitons à lire l’intervention de Roger Hébert, Vicaire général du diocèse de Belley-Ars. Illustration aussi d’une ouverture d’esprit à laquelle chacun est invitée. Invitation à dépasser les idées toutes faites sur l’Eglise et la communauté chrétienne. Appel non seulement à la justice mais à la miséricorde.
“Tout le monde le savait bien malade et ceux qui l’avaient approché ces derniers jours avaient compris que sa santé se dégradait considérablement. Mais en le voyant se battre et toujours espérer, chacun pouvait se dire : il passera encore une fois cette épreuve comme il a passé les autres !Pourtant la dure réalité de cette implacable maladie s’est imposée et Mr Gérald Lévy nous a quittés ce mardi 15 juin. Nous sommes venus nombreux témoigner à son épouse et ses enfants notre amitié. Avant d’aller plus loin dans l’évocation de la vie de Mr Lévy qu’il me soit permis d’expliquer le caractère particulier de la cérémonie qui nous réunit.Mr Lévy ne partageait pas la foi des chrétiens, il était issu d’une famille juive, mais on peut dire qu’il n’appartenait à aucune religion même s’il les regardait et les étudiait toutes avec sympathie. Cette cérémonie aurait pu se faire dans la salle communale dont il était si fier. Finalement, le cadre de cette église a semblé plus approprié pour lui dire notre reconnaissance. Et finalement, le bâtiment église n’a-t-il pas cette vocation de rassembler la population d’un village qui se retrouve au rythme des joies et des peines de ses habitants ? En plus, cette église, Mr Lévy l’aimait, il a fait ce qu’il a pu pour qu’elle soit entretenue….. Nous ferons tout pour que cette célébration ressemble au mieux à Mr Lévy, qu’elle se déroule dans un esprit de tolérance et d’ouverture. Et c’est pour respecter la liberté de pensée et de croyance de notre défunt que je présiderai cette cérémonie en civil. Ma présence en qualité de vicaire général, c’est à dire d’adjoint de l’évêque signifie aussi la reconnaissance que l’Eglise catholique veut témoigner aux élus pour la collaboration souvent féconde que nous avons dans le respect des lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Elle veut aussi dire notre reconnaissance à ces hommes et ces femmes qui se dévouent au service de leurs concitoyens. Mr Gérald Lévy est décédé en cours d’exercice de son 4° mandat ce qui explique la présence de nombreux élus locaux et représentants de l’Etat au premier rang desquels Monsieur le Préfet que je salue cordialement. Tous ceux qui auront approché Mr Lévy garderont de lui le souvenir d’un homme attachant. Il savait allier des qualités qui ne font pas forcément bon ménage. Il était à la fois un bon vivant maniant l’humour en permanence et un homme en perpétuelle recherche de nouvelles connaissances. Il était à la fois tourné vers les autres, donné dans le service qu’il accomplissait et passionné de loisirs. Toutefois il y avait comme un fil rouge qui donnait une grande unité à toute sa vie : les autres. Mr Lévy ne pouvait pas vivre seul, il avait besoin des autres, d’être avec les autres, avec sa famille, avec ses amis, avec ses élus, ses administrés. Il aimait échanger avec tous, transmettre ce qu’il savait, apprendre des autres ce qu’il ne connaissait pas. Il cultivait l’amitié qui se partage encore mieux autour d’un bon repas. Face à la mort, vous comme moi, nous sommes finalement bien désemparés. D’abord nous nous en voulons toujours un peu de ne pas avoir su dire avec assez de force à ceux qui nous quittent que nous les aimions, que nous voulions les remercier pour tout ce qu’ils nous ont apporté. Notre présence voudrait être comme une ultime occasion de dire ce que nous n’avons pas pu, pas osé pas eu le temps de dire. Au cours de cette cérémonie, dans le respect des convictions de chacun, laissons monter dans nos cœurs notre reconnaissance pour la vie donnée de Mr Lévy. D’ailleurs, en ces circonstances, les mots ont parfois du mal à sortir de notre bouche, nous aimerions réconforter sa famille qui est dans la peine et nous ne savons que dire. Que notre présence dise cette amitié que les mots n’arrivent pas à exprimer. Profitons de ces quelques instants de silence, de recueillement, pour que chacun puisse entrer en lui-même pour rejoindre celui qui nous a quitté et ceux qu’ils laissent. Les croyants pourront le faire par la prière, ceux qui ne croient pas pourront le faire par la pensée”.
Mr Ansellem, représentant de la communauté juive a lu un texte tiré de la Bible ( Michée 6) qui essaie de rendre compte d’une des interrogations fondamentales des hommes.
”L’homme qui entre dans le Temple pose cette question : « Comment dois-je me présenter devant le Seigneur, me prosterner devant le Très-Haut ? Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux pour les immoler en sacrifice ? Pour lui plaire, faut-il offrir des centaines de béliers, verser de l’huile à flots sur l’autel ? Faudra-t-il que j’offre un fils pour ma faute ? »Et il reçoit cette réponse : « Homme, le Seigneur t’a fait savoir ce qui est bien, ce qu’il réclame de toi : rien d’autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu. »
Et le commentaire fait par Roger Hébert nous semble lui aussi à partager:
“Nous pourrions lire ce que vient de nous dire le prophète Michée comme une mise en scène. L’heure de la mort approche, en fonction de nos convictions, nous nous retrouvons devant deux situations différentes.
- Les non-croyants pensent que tout est fini, mais ils se posent peut-être la question de savoir ce qu’il restera d’eux après leur mort. Ils se le demandent non pas par orgueil, mais parce qu’ils aimeraient être sûrs que ce qui a compté dans leur vie continuera de compter dans la vie de ceux qui restent.
- Les croyants, eux, savent qu’ils vont comparaître devant Dieu et se posent des questions : comment ça va se passer, est-ce qu’il va être content de moi ou va-t-il me reprocher tout ce que je n’ai pas fait ou mal fait. Finalement le questionnement est un peu le même, qu’il se fasse devant Dieu ou face à soi-même, la question est identique : est-ce que j’ai bien mené ma vie, est-ce que ce que j’ai vécu a un poids suffisant pour résister à l’oubli ou à l’idée que je me fais du jugement de Dieu.
La réponse de Michée est belle ; je pense que nous pouvons être nombreux à nous reconnaître au moins dans une partie de ce qu’il dit. Nous les hommes, nous pensons souvent qu’il faut avoir fait de grandes choses exceptionnelles soit pour résister à l’oubli que produit l’usure du temps, soit pour résister à ce que Dieu exigerait de nous pour nous accueillir dans son Royaume. La réponse de Michée semble dire que la pression que nous nous lettons dans un cas comme dans l’autre n’est pas justifiée. Il ne nous est pas demandé de devenir tous des héros ! Ce qui nous est demandé est finalement simple : tenir notre place d’hommes en pratiquant la justice et la miséricorde. C’est l’alliance des deux mots qui est importante. La justice tout le monde sait de quoi il s’agit : c’est donner à chacun ce qui lui revient, ce qui est juste qu’il puisse avoir. La miséricorde va au-delà de la justice, c’est la bonté qui ne se limite pas à ce qui est juste, qui va au-delà de ce qui est juste. J’aime cette définition qui s’appuie sur une étymologie absolument fausse mais pourtant très suggestive, la miséricorde, c’est la corde que nous jetons pour sortir ceux qui sont dans la misère. Pratiquer la justice, c’est déjà beau, aller jusqu’à la miséricorde, voilà ce qui fait la différence, ce qui donne du poids à une vie. Puisque nous sommes réunis pour accompagner à sa dernière demeure Mr Gérald Lévy qui était une personnalité puisqu’il était maire de sa commune, vous me permettrez pour terminer d’évoquer une belle histoire.
Aux funérailles de l’impératrice Zita à la cour d’Autriche en 1989, un très beau rituel a été utilisé. Tous les membres de la famille impériale, de nombreux cardinaux et évêques, des représentants de l’aristocratie européenne participaient au cortège. Quand ce dernier arriva à la hauteur du caveau des monarques, le maître des cérémonies, frappa trois fois au portail de l’église. Le père gardien demanda, de l’intérieur : « Qui demande à entrer ? » Le cérémoniaire procède alors à une longue énumération des titres de l’Impératrice Zita. Le Père Gardien répond : « Je ne connais pas ». Le cérémoniaire frappe à nouveau au portail de l’église. Une même question est posée : « Qui demande à entrer ? » La réponse est plus concise, le cérémoniaire dit seulement : « Zita, Sa Majesté l’Impératrice et reine ». Mais la réponse est la même : « Nous ne la connaissons pas ». Le cérémoniaire frappe encore au portail de l’église et à la question, il répond sobrement cette fois : « Zita, une créature mortelle et pécheresse ». Le Père Gardien répond : « Qu’elle entre ! »
Ce ne sont pas nos titres de gloire qui resteront, qui donneront du poids à nos vies devant Dieu ou face à l’histoire, c’est le fait d’avoir cherché à pratiquer la justice et d’aimer la miséricorde en reconnaissant humblement que nos réalisations sont bien en deçà de ce qu’étaient nos désirs. Qu’il en soit ainsi pour Mr Gérald Lévy parvenu au terme de son pèlerinage terrestre, qu’il en soit ainsi pour nous tous quand l’heure viendra”.
Chantal lajus
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